Ce qui se passe dans votre corps
La douleur thoracique anxieuse n'a pas une seule origine — elle en a plusieurs en simultané, ce qui la rend particulièrement convaincante et difficile à distinguer d'une douleur cardiaque au premier abord. Premier mécanisme : le spasme des muscles intercostaux et pectoraux. Sous l'effet du stress, ces muscles se contractent de manière soutenue — parfois pendant des heures. La douleur est alors localisée, reproductible à la palpation, et aggravée par la respiration profonde ou les mouvements du torse.
Deuxième source : l'hyperventilation qui accompagne l'anxiété provoque une vasoconstriction légère des artères coronaires par alcalose respiratoire (chute du CO₂). Cette restriction du flux sanguin coronarien est bénigne mais peut générer une gêne thoracique diffuse que le cerveau en alerte traduit immédiatement comme signal d'infarctus. Troisième source : le reflux gastro-œsophagien réflexe. Le stress augmente la production d'acide gastrique et relâche le sphincter œsophagien inférieur — la remontée acide crée une brûlure rétrosternale que beaucoup confondent avec une douleur cardiaque, y compris aux urgences.
À tout cela s'ajoute l'hypersensibilité somatosensorielle : l'état anxieux augmente le gain des voies nociceptives — les mêmes stimuli douloureux sont perçus plus intenses. Une légère tension musculaire que vous ignoreriez normalement devient, en pleine crise, une douleur préoccupante. Cette amplification est réelle, neurobiologique, et non simulée.
60 à 70 % des patients admis aux urgences pour douleur thoracique repartent avec un ECG normal et une cause non cardiaque. Parmi eux, les troubles paniques représentent la première cause identifiée selon Fleet et al. (Annals of Emergency Medicine, 1996). La douleur est réelle — c'est son origine qui diffère.
Que faire en cas de crise
- Douleur irradiant vers le bras gauche, la mâchoire ou le dos, accompagnée de sueurs froides et de nausées — appeler le 15 sans attendre
- Douleur persistante depuis plus de 20 minutes sans amélioration, indépendante de la position ou de la respiration
- Douleurs thoraciques récurrentes (plusieurs fois par semaine) chez une personne de plus de 40 ans sans bilan cardiaque récent
- Brûlures rétrosternales fréquentes qui pourraient indiquer un reflux gastro-œsophagien à traiter
Solutions à long terme
Sources scientifiques
- Fleet RP, Dupuis G, Marchand A et al. — Panic disorder in emergency department chest pain patients: prevalence, comorbidity, suicidal ideation, and physician recognition. American Journal of Medicine, 1996 ; 101(4) : 371–380.
- Chambers J, Bass C — Chest pain with normal coronary anatomy: a review of natural history and possible etiologic factors. Progress in Cardiovascular Diseases, 1990.