Ce qui se passe dans votre corps
Les tics nerveux sont des mouvements ou des sons semi-involontaires qui se distinguent des autres symptômes anxieux par un élément clé : l'envie prémonitoire (premonitory urge en anglais). Quelques secondes avant le tic, vous ressentez une tension ou un inconfort localisé — une pression dans l'œil avant de cligner de façon répétée, une tension dans la gorge avant de se racler la voix, une sensation d'inconfort dans l'épaule avant de la hausser. Le tic soulage brièvement cette tension, comme gratter une démangeaison. Ce cycle tension-décharge est ce qui le distingue d'un simple tremblement ou d'un spasme passif.
Neurologiquement, les tics résultent d'une hypersensibilité du circuit cortico-striato-thalamo-cortical — la boucle qui filtre normalement les impulsions motrices avant qu'elles atteignent les muscles. Les ganglions de la base, au centre de ce circuit, jouent le rôle de "filtre". Quand l'anxiété augmente, l'activité de ce circuit s'emballe et le seuil de déclenchement des tics baisse. Le moindre inconfort, la moindre tension physique, suffit à déclencher le mouvement. C'est pourquoi les tics s'intensifient presque toujours pendant les périodes de stress ou de fatigue, et s'atténuent lors des activités absorbantes qui capturent toute l'attention du cortex préfrontal.
Il y a un paradoxe fondamental dans les tics anxieux : plus vous essayez de résister au tic, plus la pression interne monte, et plus le tic finit par s'imposer avec force. La suppression volontaire est possible sur de courtes périodes (au cinéma, lors d'une réunion importante), mais elle "stocke" la tension qui se libèrera ensuite en rafale. La bonne nouvelle est que ce mécanisme est bien compris et que les thérapies comportementales spécifiques aux tics ont des taux d'efficacité élevés.
20 % des enfants développent des tics transitoires à un moment de leur développement — clignements, renifements, mouvements de tête. Dans la grande majorité des cas, ces tics disparaissent spontanément en quelques semaines à quelques mois, sans aucun traitement. Chez l'adulte, les tics anxieux suivent le même principe : ils cèdent généralement quand le stress sous-jacent diminue, sans qu'on comprenne toujours très précisément pourquoi tel tic apparaît à tel moment de la vie. Ce qui est établi, c'est qu'ils ne sont pas dangereux en eux-mêmes et qu'ils ne "s'aggravent pas indéfiniment" sans traitement.
Que faire en cas de crise
- Tics accompagnés de coprolalie (émission involontaire de mots obscènes) ou d'écholalie (répétition involontaire des mots d'autrui) — ces manifestations doivent être évaluées par un neurologue pour exclure un syndrome de Gilles de la Tourette.
- Apparition brutale de tics multiples chez un adulte de plus de 18 ans sans antécédent, surtout si associés à des modifications comportementales ou cognitives — bilan neurologique à planifier rapidement.
- Tics persistant depuis plus de 12 mois sans amélioration, ou qui gênent significativement la vie sociale ou professionnelle — un psychologue formé au Habit Reversal Training peut aider en 8 à 12 séances.
- Tics apparus après la prise d'un nouveau médicament (certains antidépresseurs, stimulants, antiémétiques) — à signaler à votre médecin prescripteur qui pourra ajuster le traitement.
Solutions à long terme
Sources scientifiques
- Leckman JF — Tourette's syndrome. Lancet 2002.
- Woods DW et al. — Habit reversal as a treatment for anxiety-related tics. Cognitive Behaviour Therapy 2003.